Tout le monde est sous le choc à Oshawa

Via AFP (Agence France Presse)

Inquiétude des salariés, colère de leur syndicat, déception du premier ministre Justin Trudeau: l’annonce par General Motors de la fermeture prochaine de son usine d’Oshawa (Ontario), implantée depuis 1953, a provoqué une onde de choc lundi au Canada.

«Ca va toucher ma famille et moi-même, si nous n’avons plus de boulot, on va devoir vendre la maison, je vais devenir quoi?», demande Karin Wright, salariée syndiquée de l’usine. «Je viens juste de m’acheter un pickup tout neuf, je suis inquiet pour ma famille, il faudra bien payer les factures!»

L’information, révélée par la presse la veille au soir, a pris tout le monde de court: le constructeur américain General Motors, implanté depuis 65 ans à Oshawa (est de Toronto), va cesser d’y assembler Chevrolet, Cadillac et autres pickups GMC d’ici fin 2019.

Et ce dans le cadre d’une restructuration globale qui touchera également quatre usines aux États unis et deux en dehors de l’Amérique du Nord.

Rien qu’à Oshawa, l’usine phare de GM au Canada, les emplois de quelque 2500 salariés, plusieurs centaines d’intérimaires, et au-delà tous les sous-traitants, sont menacés.

«Nous devons leur montrer qu’ils ne peuvent plus nous traiter comme de la merde», s’indigne Jackie, qui travaille sur la chaîne de montage depuis sept ans.

«Les médias ont appris avant nous qu’il y aurait une annonce, c’est une gifle», déclare-t-elle à l’AFP, alors que des automobilistes passant derrière elle klaxonnent leur soutien. «Ça va avoir des répercussions sur beaucoup de gens, jusqu’aux restaurants et aux magasins en ville».

Sous la pluie, des manifestants empêchent l’accès au site à tous les camions.

Dès le début de la matinée, à la demande de leur syndicat, ils ont débrayé. Plusieurs centaines d’entre eux, certains en pleurs, se sont retrouvés au local de leur syndicat, Unifor, dont les dirigeants ont rencontré la direction en début d’après-midi.

«Nous allons nous battre bec et ongles pendant l’année à venir», a prévenu Jerry Dias, président d’Unifor, qui représente les travailleurs de l’usine d’Oshawa, en tapant sur son pupitre lors d’une conférence de presse.

Il a annoncé qu’il allait rencontrer M. Trudeau dans les prochains jours: «Nous allons dire au gouvernement que nous devons utiliser tous les moyens, tous les outils, toute la puissance du gouvernement pour faire en sorte que General Motors comprenne qu’il ne vont pas trahir une nouvelle fois ce pays».

Les principaux responsables politiques du pays ont immédiatement relayé l’indignation des salariés, tout en promettant de tout faire pour tenter de sauver le plus d’emplois possible.

«Depuis des générations, les travailleurs de GM sont le coeur et l’âme d’Oshawa», a tweeté le premier ministre Justin Trudeau. «Nous ferons tout ce qui est en notre pouvoir pour aider les familles visées à se remettre sur pied. Hier, j’ai parlé à Mary Barra (PDG de GM, ndlr) pour lui exprimer ma profonde déception à l’égard de la fermeture de l’usine».

«Nous allons toujours appuyer les travailleurs», a promis ensuite M. Trudeau devant le Parlement, assurant «être avec eux dans cette épreuve terrible».

L’impact de cette décision sera «dévastateur» pour la ville d’Oshawa, a renchéri le ministre du Développement économique, Navdeep Bains, affirmant qu’Ottawa examinait «toutes les options» à sa disposition.

Le chef de l’opposition conservatrice, Andrew Scheer, a immédiatement appelé à un débat d’urgence au Parlement.

Le principal constructeur américain emploie au total 23.000 personnes au Canada, dont environ 8.000 dans ses trois usines, dont celle d’Oshawa, ville où est également situé son siège social canadien.

Réoutillé ces dernières années, moyennant un investissement de 500 millions de dollars canadiens, le site d’Oshawa est aussi depuis février le lieu d’assemblage final des pickups Chevrolet Silverado et GMC Sierra.

En 2009, le gouvernement fédéral canadien et les autorités provinciales de l’Ontario étaient venus en aide à Chrysler et General Motors au Canada, sous la forme d’aides directes (rachats d’actions) et de prêts. Rien que pour General Motors, Ottawa a finalement perdu près d’un milliard de dollars, selon des chiffres officiels.

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